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1 month ago
by Admin

Ebola :

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La flambée de la maladie à virus Ebola en Afrique de l'Ouest fournit l'exemple de ce qu'on pourrait appeler une « épidémie cartographique », c'est-à-dire un foisonnement de représentations cartographiques diffusées dans toutes sortes de médias entre 2014 et 2015. Avec ce texte, il s’agit d’expliquer le processus de multiplication cartographique, de débusquer les erreurs induites par leur réalisation et au-delà de réfléchir, avec les élèves, sur les mutations générées par la « néocartographie ».

Pendant longtemps, les cartographes experts ont eu le monopole de la cartographie. Aujourd’hui, le développement et la diffusion des logiciels de cartographie automatique et la mise à disposition des données pour le grand public favorisent la multiplication des documents (carto)graphiques. Outils privilégiés de communication, les cartes sont de plus en plus présentes dans la presse et sur internet. Ayant comme mission de transmettre un message au lecteur, ces cartes constituent un discours avec une portée appréciative, évaluative, persuasive et/ou rhétorique  (Bord, 2012).

La flambée de maladie à virus Ebola en Afrique de l'Ouest fournit l'exemple de ce qu'on pourrait appeler une « épidémie cartographique », c'est-à-dire un foisonnement de représentations cartographiques diffusées dans toutes sortes de médias entre 2014 et 2015. Avec ce texte, il s’agit d’expliquer le processus de multiplication cartographique, de débusquer les erreurs induites par leur réalisation et au-delà de réfléchir, avec les élèves, sur les mutations générées par la « néocartographie ».

Complément : la maladie à virus Ebola

 

1. La flambée de la production de cartes

Dans le cas de l'épidémie de la maladie à virus Ebola de 2014-2015 en Afrique de l'Ouest, d'innombrables cartes ont été produites sur les sites spécialisés, sur les sites des médias et sur les blogs. La carte s'est révélée en effet un outil privilégié de représentation des données sur la flambée de la maladie.

La grande gamme de cartes produites tient à la fois au caractère hétérogène des données récoltées et à la multiplicité des producteurs de cartes. En effet, la qualité de la collecte des données est très inégale d'un système sanitaire national à l'autre et rend l’harmonisation difficile. En situation de crise sanitaire, la vérification des informations pouvant provenir d’organismes comme de simples citoyens n'est pas assurée. En outre, dans le cas d'Ebola, les symptômes ne sont pas spécifiques : la fièvre, les douleurs musculaires et abdominales, les nausées et les maux de tête peuvent provenir d'autres affections, qu’il s’agisse de grippe ou de paludisme par exemple. La fiabilité des données laisse donc à désirer : quelle confiance accorder à un assemblage de données venant de sources disparates et à une précision aussi hétérogène ?

Le grand nombre de cartes de localisation et de diffusion de la maladie à virus publiées à partir de mars 2014 sur internet et dans la presse tient à la volonté d'informer les populations sur le risque d’être gravement touchées par ce virus et sur la nécessité de prendre les précautions dictées par les organismes de santé et les gouvernements. On pourrait qualifier ces cartes de « cartes d'alerte ». Dans ce contexte, le web 2.0 permet de collecter et de diffuser des informations en temps réel. Des auteurs comme Goodchild et al. (2007) ou Haklay  et al. (2008) parlent de « l’Information Géographique Volontaire » (ou VGI en anglais) pour désigner tout l’arsenal par lequel des personnes échangent des informations géographiques, arsenal considérablement élargi avec l’utilisation massive d'internet et la diffusion des technologies liées à l’information géographique. L'histoire de la VGI montre comment la fourniture d'informations géographiques est passée des institutions nationales, des organisations sanitaires qu’elles soient nationales ou internationales et des médias aux réseaux informels des producteurs et des consommateurs d’internet c’est-à-dire aux citoyens.
 

2. Le risque du « tous cartographes »

L'analyse de quelques cartes produites dans les médias et sur internet à propos de la maladie à virus Ebola en 2014 est l'occasion de s'interroger sur les différents modes de représentation cartographique de cette crise sanitaire.

Les deux premières cartes sélectionnées tentent de montrer, à travers les codes graphiques utilisés pour représenter l’information, que l’on n’est pas en présence d’une affection bénigne mais d’une pathologie sévère. Les auteurs ont souhaité rappeler visuellement que le virus se transmettait à l’homme à partir des animaux sauvages puis se propageait ensuite dans les populations par transmission humaine. On insiste  également sur la localisation des principaux symptômes sur le corps humain. En fond de la première planche graphique se trouve une carte en dégradé de gris sans légende. Sur la deuxième planche, l’apport de la carte consiste uniquement à localiser les zones touchées par le virus Ebola. Pourtant, on aurait pu aller plus loin dans l’analyse géographique de l’ampleur de la maladie puisque le nombre de cas d’Ebola confirmés permettait de réaliser une carte en points proportionnels.